 Le Parthénon Le Parthénon a été bâti en onze ans, de 447 à 438, sur l'emplacement d'un édifice détruit lors du sac de l'Acropole en 480, pendant les guerres médiques. © Jean-Pierre Dalbéra
L'époque classique, considérée comme l'âge d'or de la civilisation grecque (Ve siècle-IVe siècle), va réunir toutes ses histoires particulières en un destin commun.
Les guerres médiques
Le Ve siècle s'ouvre cependant sur la menace de l'expansion perse. Les cités grecques d'Asie, encerclées par l'Empire perse, ont finalement accepté la domination du vainqueur, lorsqu'une révolte, à l'initiative de Milet en 499, provoque l'appel aux cités de Grèce propre, qui ne se sentent guère solidaires. Seules Athènes et Erétrie (qui fournissent respectivement vingt et cinq bateaux) envoient une expédition et incendient Sardes, une des capitales du Grand Roi, en 498. L'Empire perse cependant reste intact, Milet est bientôt prise et saccagée, les cités d'Ionie doivent se soumettre.
Puis Darius décide d'envahir la Grèce. En 490, il soumet les îles, pille Erétrie, réduit ses habitants en esclavage et débarque en Attique, au nord de Marathon. Athènes fait face, appuyée seulement par quelques Platéens (10'000 hommes contre les 20'000 combattants du Grand Roi). Les Perses doivent reprendre la mer et leurs pertes sont très lourdes.
L'union des cités Alors qu'Athènes se prépare activement à un retour probable des Perses par la construction d'une flotte, il faut attendre l'été 481 pour que les autres cités réagissent au danger (Xerxès, qui a succédé à son père Darius en 486, prépare alors sur terre et sur mer une offensive considérable). La volonté de résistance cependant est loin d'être unanime: certaines cités, comme Thèbes, refusent de se battre; d'autres, comme Sparte, préféreraient assurer la défense du Péloponnèse sur l'isthme de Corinthe. Finalement, le commandement des forces communes est confié à Sparte, dont l'armée est la plus puissante. Cependant, malgré la résistance héroïque du roi de Sparte, Léonidas, aux Thermopyles, l'armée de Xerxès s'avance jusqu'en Attique. Dans le même temps, sa flotte s'apprête à occuper la rade de Phalère. C'est alors que Thémistocle, par la ruse, réussit à attirer une partie de la flotte ennemie près de Salamine, où a lieu la bataille décisive (480). L'année suivante, à Platées en Béotie, le reste de l'armée des Perses est battu, et leur flotte subit, au large des côtes asiatiques, d'ultimes défaites.
Les Grecs ont conscience d'avoir remporté une immense victoire. Unies pour la première fois sous un même commandement, les cités grecques libres ont triomphé des forces imposantes du Grand Roi, l'hellénisme de la monarchie barbare.
L'hégémonie athénienne
L'alliance conclue face au danger
perse ne survit pas à la victoire; celle-ci, d'abord et
surtout athénienne, marque le début d'un processus
qui, en quelques décennies, va faire de la cité attique
la maîtresse du monde égéen.
Sparte voit avec inquiétude
l'hégémonie d'Athènes se développer en
Egée, et ce que l'on peut considérer comme la
première guerre du Péloponnèse éclate lorsque
la cité athénienne prétend contrôler une partie
de la Grèce centrale et septentrionale.
Le conflit s'achève en 446
en raison des multiples problèmes intérieurs
rencontrés par chacune des cités.
Athènes et Sparte signent une paix
conjointe de trente années mais les Péloponnésiens
craignent le développement de la puissance athénienne.
La guerre du Péloponnèse
Ainsi, en 431, Athènes se voit
confrontée à presque toute la Grèce continentale
sauf les Argiens et les Achéens restés neutres dans le
Péloponnèse ainsi qu'à la Grèce centrale.
Périclès
Périclès
juge l'affrontement inévitable et le moment lui semble
favorable; il est certain de remporter rapidement la victoire par
une action maritime, Athènes se trouvant en position de force.
La ville semble être une forteresse inexpugnable ouverte sur
la mer.
En fait, la résistance
péloponnésienne se révèle plus forte que
prévu, et Athènes est cruellement affaiblie par une
épidémie de peste qui coûte la vie à
Périclès (429).
Cléon le Démagogue
Cléon le Démagogue,son
remplaçant, est battu à Platées (427), mais gagne
à Sphactérie (425). Les Spartiates réorganisent
alors leur armée et portent le combat en Thrace (424), où
ils battent les Athéniens devant Amphipolis.
A la mort de Cléon, en 422, le
parti conservateur et pacifiste impose Nicias; il signe,
en 421, la paix qui porte son nom, prévoyant le retour
aux positions antérieures pour cinquante ans.
Alcibiade
Alcibiade dirige alors la politique
athénienne et conclut une alliance avec les Argiens, qui
avaient été battus par Sparte à Mantinée,
en 418. Alcibiade se lance alors dans l'aventureuse
expédition de Sicile (415-413), qui se termine par la victoire
de Syracuse et la destruction de l'armée et de la flotte
athéniennes. Ce désastre provoque la défection de
plusieurs alliés d'Athènes, alors que Sparte
s'allie à la Perse en échange des villes d'Ionie
et d'importants subsides.
Athènes exsangue
Après de graves troubles
intérieurs (révolte oligarchique, Conseil des
Quatre-Cents, 411-410), Athènes connaît un bref
redressement et remporte quelques victoires. Le retour
d'Alcibiade (407) et la victoire aux îles Arginuses (406)
lui permirent de rétablir la situation. Mais,
en 405, la nouvelle flotte athénienne est de nouveau
détruite, à l'embouchure de l'Aigos Potamos, par
Lysandre, qui met le siège devant Athènes.
C'est une Athènes exsangue et
démoralisée qui poursuit la guerre. Epuisée par la
famine, la ville se rend sans condition en 404. Les vainqueurs
lui imposent de dures conditions: la destruction des
fortifications, la dissolution de la Confédération
maritime et l'instauration d'un gouvernement oligarchique,
la tyrannie des Trente, appuyé par une garnison spartiate.
Les crises du IVe siècle
La guerre est un désastre, et cela autant pour Athènes que pour toute la Grèce. Sparte avait combattu pour «rendre aux cités grecques leur liberté et leur autonomie»: la première conséquence de sa victoire est le retour des Grecs d'Asie Mineure sous la domination perse (en échange de l'or qui lui avait permis de conduire la guerre). Non seulement les autres cités ont subi de lourdes pertes, mais encore les troubles intérieurs se sont nourris d'un conflit dont le caractère politique s'est progressivement affirmé: face à Athènes, rempart des démocrates, Sparte apparaît en effet comme le soutien des oligarques, où qu'ils soient.
Complots, séditions, massacres sont devenus monnaie courante selon Enée le Tacticien. Même Sparte, la victorieuse, a perdu, outre nombre de ses hoplites, un peu de son âme et, en tout cas, de l'austérité qui faisait sa force. Ses plus fidèles admirateurs (tels Xénophon ou Platon) dénonceront cet amour nouveau des richesses comme responsable de sa décadence.
Evanouissement de l'égalité entre citoyens
Mesure significative: en 400, la loi
d'Epitadeus autorise la libre disposition du cléros (lot
de terre cultivé par les hilotes et affecté au citoyen
par l'Etat). Cette loi entérine, en fait, une
évolution des mœurs: les citoyens n'avaient plus
d'égaux que le nom! Le complot de Cinadon, en 397,
étale au grand jour le mécontentement des
«inférieurs» et, s'il échoue, il annonce
les révolutions du III
e
siècle.
Luttes entre les riches et les pauvres,
entre les aristocrates et les démocrates, des révoltes
éclatent ici ou là: massacres des riches par les
déshérités à Corinthe en 392; scytalisme
à Argos en 370, où les pauvres assomment à
coups de bâton (scytale) près de 1500 riches et se
partagent leurs biens. Peut-être a-t-on exagéré
cette «crise de la cité», peut-être surtout
n'a-t-on pas assez remarqué que, paradoxalement,
c'est la grande vaincue, Athènes, qui -
vraisemblablement grâce à son régime
démocratique retrouvé - évite les affrontements
les plus violents.
Il n'en reste pas moins que la guerre
du Péloponnèse a servi de catalyseur aux tendances
dissolvantes qui menaçaient la cité; on voit, par
exemple, refleurir les tyrannies qui avaient accompagné la
crise de l'archaïsme: celle de Denys l'Ancien, en
Sicile, dès 405; celles d'Euphron à Sicyone, de
Cléarque en Asie Mineure ou, en Carie, celle de Mausole,
véritable précurseur des monarques hellénistiques.
D'incessantes luttes intestines
Le IV
e
siècle est troublé aussi
par les combats continuels que se livrent les cités les plus
importantes - Sparte et Athènes bien sûr, mais
aussi Thèbes - pour prétendre au commandement en
Grèce: assez fortes pour conquérir
l'hégémonie - au besoin avec l'aide des Perses
-, elles sont trop faibles pour la conserver.
De 404 à 355, l'histoire
fourmille ainsi de renversements d'alliances et de conflits
plus ou moins étendus. Sparte perd bien vite la
confiance des Grecs, et la paix du Roi (386), qui fait du
souverain perse Antalcidas l'arbitre des luttes entre les
cités, apparaît à tous comme une trahison. Sa
domination, d'ailleurs, se fait vite très dure.
Affaiblie par les troubles sociaux, Sparte ne peut empêcher
Athènes de créer un réseau d'alliances, et le
décret d'Aristotélès (377) reconstitue
bientôt une nouvelle confédération maritime. Comme
la première, et malgré les précautions prises
(garantie de l'autonomie des cités), elle
s'achèvera par une révolte des alliés
(357-356).
L'équilibre un instant
rétabli entre
Sparte,
maîtresse du Péloponnèse, et
Athènes,
à la tête de son empire maritime, est rompu par
Thèbes, qui, d'abord entrée dans l'alliance
athénienne, joue son propre jeu et remporte sur Sparte, qui ne
s'en relèvera pas, la victoire de Leuctres (371). A
Mantinée (362), les Thébains l'emportent de nouveau,
et si la mort d'Epaminondas - il fut tué lors d'un
assaut - marque la fin de l'expansion thébaine, la paix,
conclue en 361, consacre l'effondrement de Sparte (elle
perd la Messénie, en sa possession depuis
l'archaïsme).
Une Grèce déchirée
Epuisé, le pays doit affronter le
nouveau danger menaçant sa liberté: Philippe, roi des
Macédoniens, est devenu, aux marges du monde grec, le chef
d'un royaume puissant et bien organisé. Il a entrepris une
progression lente mais sûre vers l'est (la Thrace),
où depuis le Ve siècle Athènes avait des
intérêts; et vers le sud, où la possession de la
Thessalie lui permettra bientôt de contrôler les voies
d'accès à la Grèce. Il réussit même,
en 346, à entrer au conseil amphictyonique qui
administrait le sanctuaire de Delphes. Alors seulement les voix
isolées qui, telle celle de
Démosthène,
dénonçaient le danger macédonien trouvent quelque
écho. Une coalition se forme qui rassemble autour
d'Athènes une partie des cités
péloponnésiennes et Thèbes. L'effort militaire
est important mais sans espoir: Philippe, vainqueur à
Chéronée (338), en Béotie, devient l'arbitre des
destinées du monde grec.
La ligue de Corinthe
Elle est la conclusion d'un congrès convoqué
par le Macédonien et réunissant à Corinthe toutes
les cités; ce pacte d'alliance réunit la plupart des
cités et des peuples de la Grèce autour de Philippe, son
hêgêmon. Elle se propose de mener contre le Barbare (le
roi des
Perses) une guerre
de vengeance et de conquête. C'est
Alexandre III le
Grand qui, après l'assassinat de son père,
en 336, reprendra ce dessein et lui donnera l'ampleur que
l'on sait. Les cités grecques, quant à elles, ont
dès lors et pour toujours, perdu leur indépendance. Il
est permis de se demander si ces luttes pour
l'hégémonie, dans lesquelles elles s'étaient
épuisées, n'étaient que l'expression de leur
volonté de puissance ou si elles procédaient aussi de la
conscience plus ou moins claire d'une nécessité:
celle d'élargir le cadre de la cité, devenu trop
exigu et inadapté.
C'est une des ironies majeures de
l'histoire de constater que les Grecs, lassés par des
luttes fratricides, ont donné à un souverain
macédonien - et par conséquent, pour eux, un
semi-Barbare - la possibilité de réaliser cette
unité, puis à son fils de reprendre la lutte contre le
Barbare.
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